En remportant sa dernière partie contre le russe Viktor
Tomkovich, le N°1 du classement mondial depuis plusieurs années
est devenu le XVème champion du monde de l'histoire des échecs
par correspondance ; un succès emporté de haute lutte sur le score
impressionnant de 12/15 (+9=6).
Le nouveau champion du monde a accepté de répondre pour le «Courrier
des Éches» à quelques questions que je lui ai posées et de nous
livrer des commentaires exclusifs sur la victoire décisive qu'il a
remportée contre l'autre batave de ce championnat du monde, Joop van
Oosterom, son plus sérieux rival, dans une Est-indienne d'anthologie que les
amateurs apprécieront !
Note du webmestre : le texte ci-dessous reprend des extraits de
l'interview de Gert-Jan Timmermann. L'intégralité de celle-ci
paraîtra dans le «Courrier des Éches» n° 515
(février 2002).
Pouvez-vous vous présenter pour les lecteurs du
«Courrier des Échecs» ?
Je suis mathématicien. J'ai débuté les échecs en 1974, à 18 ans, dans le
cercle de Capelle aan den Ijssen, une agglomération située à 10 kilomètres à
l'est de Rotterdam, où j'habite toujours. J'ai commencé à jouer par
correspondance en 1976 dans la 3ème division des Pays-Bas dans un groupe de
7 joueurs, dans le but d'améliorer mon jeu devant l'échiquier. Je n'ai jamais
eu d'entraîneur aux échecs et je suis un complet autodidacte. Les points
forts de ma carrière devant l'échiquier sont mes victoires dans le
championnat de Rotterdam (9 fois), mes victoires à l'open de Douai en 1992 et
de Bruges en 1993. J'ai obtenu le titre de maître FIDE. Par correspondance,
j'ai remporté deux fois le championnat national des Pays bas en 1981 et 1983,
j'ai obtenu les titres de maître international en 1985 et de grand-maître en
1986, remporté la Ve coupe du monde en 1993 et les tournois NBC-25 en 1994 et
FinJub-30 en 1996.
Mes autres loisirs sont la lecture, la collection des anciens livres
d'échecs, en particulier les biographies et les ouvrages consacrés aux
tournois, et regarder le sport à la télévision.
Vous venez de remporter le titre de champion du
monde. Que représente cette récompense pour un joueur d'échecs par
correspondance ?
Pour un joueur d'échecs par correspondance, le championnat du monde est
une épreuve spéciale. C'est l'accomplissement final après une longue lutte de
10 ou 15 ans. J'ai été très heureux de pouvoir immédiatement jouer dans la
finale du XVe championnat du monde, grâce à une invitation que j'ai obtenue
pour ma première place au classement ICCF durant cinq années consécutives,
alors que d'autres ont dû entamer le long parcours depuis les
préliminaires débutés en 1985 !
Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez remporté la
victoire décisive pour le titre ?
Mes sentiments étaient très partagés. J'ai reçu la carte d'abandon de mon
dernier adversaire, le joueur russe Viktor Tomkovich, le 11 septembre, le
jour où la terreur a secoué le monde. L'ICCF a décidé d'attendre une semaine
avant de proclamer mon titre, sur le site internet. Mais bien évidemment,
j'ai été très heureux de remporter ce titre.
Pouvez-vous nous dire comment s'est déroulé ce tournoi ?
Avez-vous eu des craintes pour la victoire ?
Excepté ma victoire indispensable contre Joop van Oosterom, je devais
absolument battre le danois Allan Poulsen. La finale de tours que j'ai
disputée contre lui, fut remportée d'extrême justesse. En cas de nulle contre
lui, Poulsen aurait eu de grandes chances de devenir champion du monde. En
effet, nous aurions sans doute terminé ex æquo et Poulsen aurait sans doute
eu un meilleur départage SB, car il a curieusement perdu contre un joueur mal
classé de ce tournoi, l'anglais John Carleton.
Pouvez-vous nous décrire votre façon d'analyser ?
Conservez-vous vos analyses ? Sur papier ? Dans l'ordinateur ?
Je ne sauvegarde dans l'ordinateur que la variante principale. En fait, je
veux avoir un regard neuf sur la position quand me parvient la réponse de mon
adversaire: pas de confiance aveugle dans mes propres analyses, mais toujours
garder un œil critique sur la position et conserver à l'esprit l'idée
poursuivie dans la partie.
Pouvez-vous nous décrire le meilleur coup et la plus
difficile que vous ayez eu à jouer ? Combien de temps avez-vous passé à
analyser ces coups ?
En fait, toute la séquence des coup 65 à 74 avant 75.Rg3! dans la finale
de tours contre Poulsen, fut la plus difficile à trouver. L'idée est de faire
une marche en triangle avec le roi blanc et de mettre les Noirs en zugzwang
pour qu'ils soient obligés d'abandonner la position idéale de la tour en
a1. Je me souviens que durant mes congés d'été en 1999, j'ai analysé la
séquence de coups 65 à 74 près de 3 heures chaque jour durant 2 semaines,
pour être absolument certain que la seule façon de remporter la victoire
était d'arriver à la position de zugzwang au coup 75. Déjà à ce moment là,
j'avais réalisé l'importance capitale d'une victoire contre Poulsen.
Un dernier mot pour les lecteurs du CDE ?
J'ai répondu à vos questions avec beaucoup de plaisir afin que les joueurs
français par correspondance me connaissent un peu mieux et j'espère qu'ils
vont apprécier ma rencontre cruciale contre Van Oosterom !
Je me souviens également que j'ai eu le très grand honneur de disputer une
partie entre 1983 et 1985 avec le très grand joueur qu'était le Dr Bergraser
! [Note du webmestre : le Docteur Volf Bergraser fut le premier
Grand-Maître français par correspondance. Tout amateur de
défense Scandinave se doit d'avoir étudié ses parties
!]
| Une finale
d'anthologie : Timmerman-Poulsen |
Je vous invite à découvrir cette fin de partie que seule une finale de
championnat du monde par correspondance peut produire et qui prouve une
nouvelle fois, si besoin était, que la profondeur d'analyse par
correspondance est incomparablement plus élevée que devant l'échiquier. Ni
les chocs Alekhine-Capablanca, Fischer-Spassky ou Kasparov-Karpov n'ont pu
produire de tels joyaux. Éteignez Fritz et savourez !
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