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Éléments d’Histoire des Échecs N°3 : le bicentenaire des Échecs par correspondance

Il y a 200 ans se jouaient les premières parties par correspondance connues de l’histoire des échecs. Nul doute que des parties se soient disputées avant cette date, mais les vicissitudes de l’histoire ne leur ont pas permis de parvenir jusqu’à nous. L’histoire des échecs par correspondance débute donc officiellement en 1804 !

Friedrich Wilhelm Von Mauvillon

L’honneur de ces premières parties revient à Friedrich Wilhelm von Mauvillon (1774 – 1851). Comme son nom l’indique, von Mauvillon était d’origine française, mais ses aïeuls ont émigré en Allemagne. Jacob, le père de Friedrich Wilhelm était un instructeur militaire de William V. d’Orange ; il suivit le monarque en Hollande et son fils s’enrôla dans les rangs de l’armée batave.

En 1804, Friedrich Wilhelm était en garnison à La Haye et, ayant sans doute du temps disponible, s’engagea dans plusieurs parties par correspondance avec un autre officier stationné à Breda ; il conserva ses parties durant de nombreuses années pour ne les publier que 23 années plus tard.

Il n’est pas étonnant que ces premières parties aient été disputées entre des officiers stationnés dans différentes garnisons ; grâce à l’organisation militaire et à ses moyens de communication, ils étaient régulièrement en contact et pouvaient échanger facilement et sans frais des courriers.

À cette époque, Von Mauvillon pratiquait également le jeu devant l’échiquier. Le 15 mai 1803, un cercle d’échecs dénommé le  « Haagsch Schaakgenootschap » fut fondé à La Haye, et l’on y retrouve en particulier von Mauvillon aux cotés du célèbre Elias Stein.

En 1827, il prit sa retraite du service actif au grade de lieutenant-colonel et débuta une nouvelle carrière consacrée à la littérature échiquéenne, en écrivant en particulier « Anweisung zur Erlernung des Schach-Spiels mit besonderer Rucksicht auf diejeningen denen das Spiel durchaus unbekannt ist », écrit en allemand et imprimé à Essen en 1827, titre que l’on pourrait traduire par « Conseils pour l’apprentissage des Echecs en particulier à ceux pour qui le jeu est quasiment inconnu ».

Von Mauvillon ne fut pas un très grand joueur d’échecs et il le reconnaît lui-même. Dans l’introduction de son ouvrage (page vi) il écrit :

« Il est très loin de moi de prétendre que je suis un maître aux Echecs et au contraire je compte parmi les joueurs moyens et je ne rapporte que ce que j’ai appris d’un des premiers maîtres reconnus, E. Stein*), durant une année lorsque je l’ai côtoyé dans le cercle d’Échecs, dont il était le président.

*) Elias Stein, né à Vorbach (Ndlr : sans soute Forbach en Lorraine) près de Strasbourg en 1748 et décédé en 1812 à La Haye fut le plus fort joueur d’échecs non seulement des Pays–Bas, mais de l’Europe entière, et se situe au même rang que les Philidor et Stamma et autres maîtres d’échecs de renommée mondiale »

Von Mauvillon connut une certaine renommée littéraire, puisqu’il devint membre de le Société Littéraire de Leyden (A.J. van der Aa : « Biographisch woordenboek der Nederlanden » Haarlem 1869, vol XII, pp. 438-9) et sans doute pas uniquement grâce à ses parties par correspondance de 1804 !

Les parties de Von Mauvillon

Les parties jouées par Mauvillon ont été publiées dans son ouvrage de 1827, mentionné ci-dessus.

Le chapitre 11 de cet ouvrage est consacré à l’analyse de parties et contient, aux pages 373 à 375, les parties en question.

On trouve actuellement dans la littérature différentes versions de ces parties et selon les sources, on en cite deux ou trois et plusieurs questions restent sans réponses : von Mauvillon a-t-il disputé ces parties contre le même joueur, jouait-il avec les Blancs ou les Noirs ?

Possédant un exemplaire original de ce livre historique, je suis en mesure de faire part de ce que l’ouvrage contient exactement.

La première partie est précédée d’une introduction :

« Parties jouées entre l’auteur en l’an 1804, en garnison à La Haye, avec un de ses camarades à Breda par échanges de courriers*). (La position des pièces est indiquée Fig. 2 Nro 1. Tab 1. avec la seule différence que les Noirs occupent la position des Blancs et que ces derniers occupent ceux des Noirs dans toutes les trois parties)

*) L’auteur proteste résolument, si on lui prête l’intention de considérer ces parties comme magistrales, car il a lui-même volontiers reconnu ultérieurement les nombreuses erreurs qu’elles contiennent. Il ne les publie que comme des parties réellement jouées.



 La page historique où l’on peut trouver la première partie par correspondance connue. 

En effet, comme le lecteur pourra s’en rendre compte, les parties sont de piètre qualité et ne doivent leur renommée qu’à leur importance historique. Il est d’ailleurs curieux que von Mauvillon ait publié ces parties (il n'en publie aucune autre) et elles font pâle figure à côté de celles de Philidor et d’autres jouées par correspondance comme celles disputées entre Amsterdam et Rotterdam en 1824 et entre Edimbourg et Londres entre 1824 et 1828 que von Mauvillon publie à coté des siennes.

Contrairement à ce qu’affirmait le Docteur Bruno Bassi (1901 – 1957) dans une célèbre série d’articles intitulée « History of Correspondence Chess » et publiée dans la revue Chess Mail en 1948 - Chess Mail était la revue officielle de l’ICCA, l’International Correspondence Chess Association, ancêtre de l’ICCF – von Mauvillon connaissait bien les parties de la rencontre Edimbourg – Londres pour les avoir publiées.

Je me hasarderai à avancer l’hypothèse que Von Mauvillon souhaitait montrer aux lecteurs débutants et joueurs novices, la différence de niveau entre ses parties et celles des maîtres, incité en cela par la très forte notoriété des parties des parties par correspondance après le succès historique de la rencontre Edimbourg – Londres.

Comme dans les parties qui suivent, l’auteur n’indique pas qui joue avec les Noirs et qui joue avec les Blancs, on s’est posé la question de savoir si Mauvillon avait disputé ces parties contre le même adversaire. Le texte d’introduction est clair et permet de répondre à cette question : il s’agit bien d’un unique adversaire qu’a rencontré von Mauvillon.


Suite 

Éric RUCH

Site mis à jour le 27/06/2010


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