AJEC - Notation numérique ou alphanumérique ?
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Notation numérique ou alphanumérique ?

 

Livre

Notation numérique ou alphanumérique ?

Wim van Vugt des Pays-Bas a résumé de récentes discussions qui ont eu lieu sur le forum Correspondence Chess Message Board (TCCMB), concernant la possibilité de remplacer la notation numérique internationale actuellement en vigueur dans les règles de l'ICCF.

J'ai été ravi de recevoir son autorisation de traduire cet article pour les joueurs français qui n'auraient pas eu l'occasion de lire la version originale sur le site internet.

Notation numérique ou alphanumérique : le verdict final
 
Par Wim van Vugt     

La notation numérique est supposée avoir un avantage par rapport aux systèmes alphanumériques de notation des coups d'échecs, car tout le monde est censé connaître les chiffres 1,2,3 mais n'est pas forcément familiarisé avec l'alphabet romain a,b,c ... Ainsi certaines personnes sont particulièrement attirés par la présente notation utilisée dans le jeu par correspondance (JPC). On indique d'abord la case de départ puis la case d'arrivée, sans utiliser de symboles pour les pièces qui se déplacent. Ainsi toute autre indication que les cases de départ et d'arrivée est superflue. ¹

La même convention départ - arrivée est utilisée dans de nombreux domaines scientifiques, par exemple en thermodynamique. Lors d'échange de chaleur ou de travail entre un état 1 état initial) et un état 2 (état final), ces échanges sont en général notés par Q12 ou W12.

La discussion sur le forum s'est focalisée sur la meilleure manière de décrire les 64 cases de l'échiquier. Un des groupes a estimé que la meilleure description consistait à utiliser un système de coordonnées géométriques, en désignant chaque ligne et chaque colonne par un nombre unique allant de 1 à 8. Chaque case de l'échiquier est ainsi représentée comme une cellule dans une matrice et ceci constitue la notation numérique actuelle.

L'autre groupe préconisait d'utiliser une notation différente pour les rangées et les colonnes, à savoir 1-8 pour les rangées et a-h pour les colonnes : ceci constitue la notation alphanumérique. En principe, les deux systèmes permettent de répondre au problème du JPC.

Certains fervents supporters de la notation PGN ont tenté de faire valoir leur point de vue. La notation PGN est particulièrement bien adaptée aux utilisateurs de logiciels, mais peut se révéler très ardue pour ceux qui n'en maîtrisent pas parfaitement la technique et qui n'aiment pas les notations de pièces en anglais. Si on cherche un système de notation simple, universel, sans ambiguïté qui puisse être utilisé à la fois par les joueurs postaux et email (et devant l'échiquier également), la notation PGN ne satisfait pas le critère d'universalité.

Pour compliquer la situation, certains ont préconisé les notations descriptives utilisées dans le passé en Angleterre et en Espagne. Bien évidemment, ce type de notation n'est pas simple, ni universel, et par nature profondément lié à la langue du pays d'où est originaire la notation.

Les deux seuls systèmes de notation à considérer étaient dès lors les systèmes numérique et alphanumérique. Pour expliciter ces deux systèmes de notation, je vais donner les coups de départ de l'attaque Grob (ce n'est pas mon ouverture préférée mais juste un exemple) :

Notation numérique :
1.7275,4745 2.6172,3874 3.3234,5756 4.4123,7866 5.2327,2847

Notation alphanumérique :
1.g2g4,d7d5 2.f1g2,c8g4 3.c2c4,e7e6 4.d1b3,g8f6 5.b3b7,b8d7

Toutes les références aux pièces peuvent être supprimées. Indiquer la nature de la pièce ne modifie pas le coup, même si on indique une mauvaise pièce (on pourrait jouer avec des chameaux, des serpents et des dauphins si on voulait !) : seules les indications des cases de départ et d'arrivée sont pertinentes. Toutes les indications telles que échec, +, x, ep, sont superflues. Le roque est considéré comme un déplacement du roi : 5171, e1g1 ou 5131, e1c1 pour les blancs et 5878, e8g8 ou 5838, e8c8 pour les Noirs.

Il est facile de se rendre compte que la notation numérique ressemble au langage machine alors que la notation alphanumérique est plus intuitive et plus facilement compréhensible. D'un point de vue théorique, il n'y a pas de différence entre ces deux systèmes de notation, sauf en ce qui concerne la représentation des colonnes a-h. En dépit du fait que le système alphanumérique présente de nombreux avantages, certains objectèrent que de nombreuses personnes ne maîtrisent pas l'alphabet occidental a, b, c, ... mais utilisent les chiffres arabes 1, 2, 3, ... dans leur représentation numérique.

Si cet argument était valable, le système numérique serait plus universel que le système alphanumérique. Certains ont affirmé que les Indiens et les Chinois n'utilisaient pas l'alphabet occidental mais qu'ils utilisaient par contre les chiffres arabes. Il faudrait également vérifier que cela est vrai pour d'autres catégories de population. La question qui restait en suspens était donc la suivante : existe-t-il des populations qui n'utilisent pas notre alphabet a, b, c, ... mais utilisent les chiffres arabes comme système de numérotation ?

Les candidats possibles sont : les russes, les chinois, les indiens, les iraniens et les pays arabes.

Les russes utilisent l'alphabet cyrillique et les chiffres arabes. Si on ouvre un livre d'échecs russe où les pièces sont représentées par des lettres cyrilliques, il est facile de s'apercevoir que l'alphabet occidental est utilisé pour désigner les colonnes : 1, 2, 3, ... pour les rangées et a, b, c, ... pour les colonnes.

La Chine : je me suis rendu dans le plus proche restaurant chinois et j'ai commandé trois portions à emporter, puis j'ai demandé à voir le papier que l'on apportait à la cuisine pour préparer ma commande. Le plat était écrit en caractères chinois de même que le chiffre 3. J'ai ensuite trouvé un site Internet de traduction et de dictionnaires : http://dictionaries.travlang.com/otherdicts.html. J'ai tapé les chiffres 1 à 10 pour voir ce qui se passait. Pour chaque chiffre il y a un caractère particulier, parfois de très anciens datant de plus de 2000 ans, comme je l'ai appris un peu plus tard en lisant un livre consacré à l'histoire des sciences. Il en est de même au Japon et en Corée.

L'Inde : bien que je m'y sois rendu plusieurs fois et savais pertinemment que les populations autochtones utilisaient leur propre écriture et système de numérotation, en plus de l'anglais que beaucoup de personnes connaissent, j'ai envoyé un email à un indien pour découvrir ce qu'ils écrivaient lorsqu'ils n'étaient pas influencés par leur connaissance des langues étrangères. On a ainsi vérifié pour moi, si les personnes dans la rue utilisaient leur propre système de numérotation, dans les langues les plus courantes : hindi, malayalam, ... À chaque fois, ils utilisent leurs propres symboles pour les chiffres bien que les chiffres européens soient très largement compris grâce à l'influence anglaise.

Puis j'ai regardé chez moi des pièces de Perse où je n'ai découvert aucune trace de a, b, c, ... ni de 1, 2, 3, ... Il en va de même pour les pièces marocaines et népalaises.

Toutes ces populations utilisent les symboles 1, 2, 3, ... uniquement lorsqu'elles écrivent en une langue occidentale, comme un lien culturel. En Inde c'est l'anglais ; au Maroc c'est le français héritage de leur passé colonial. Le cas du Japon et de la Chine est particulier : ils utilisent leurs propres symboles. Seules les personnes en contact avec le monde occidental utilisent nos caractères.

Les chiffres occidentaux sont appelés chiffres arabes à cause de leur introduction en Europe durant le Moyen-Âge, influencés par les traductions de livres arabes de Al-Kwarizmi qui avait emprunté aux mathématiciens hindi le système décimal et les caractères 1, 2, 3, ... Mais de nos jours, même les populations arabes n'utilisent plus les chiffres arabes dans leur vie quotidienne.

Ceci m'amena à la conclusion que les chiffres 1, 2, 3, ... sont aussi courants (ou inhabituels) que les lettres a, b, c, ... et que celui qui connaît les premiers connaît les seconds.

La notation numérique est source d'erreurs de notation et beaucoup de joueurs en ont fait l'amère expérience. Des logiciels, tels que Ectool , permettent de traduire le notation numérique en une notation plus compréhensible, ce qui peut aider certains mais également causer de nouveaux problèmes à beaucoup d'autres. Le temps du papier et de la plume est définitivement révolu. Bien que le système numérique puisse entretenir une certaine ambiguïté, certains l'associent à une autre et utilisent ainsi une double notation : à la fois numérique et alphanumérique, PGN ou un autre système. Ceci conduit à un nouveau problème ou une nouvelle ambiguïté qui rend le système numérique paradoxal.

Certains m'ont dit que les lettres a et d pouvaient être facilement confondues et que la différence entre c et e pouvait être ténue. Mais ils ont oublié de mentionner que seules quelques personnes avaient une si mauvaise écriture pour entretenir cette ambiguïté. Ils ont par contre oublié de dire que les chiffres 1 et 7 sont également difficiles à distinguer et qu'une mauvaise écriture rend les chiffres 2,3 et 5 presque identiques.

Il est certain que le système alphanumérique possède des avantages indéniables par rapport au système numérique dans les domaines de la facilité d'utilisation et la simplicité. Une petite minorité seulement sera tentée d'utiliser la double notation. Beaucoup d'échiquiers possèdent les inscriptions a, b, c, ... et 1, 2, 3 ... en regard des colonnes et des rangées et cette notation est familière à tous ceux qui consultent des ouvrages d'échecs. Mais le plus important est qu'il oriente la pensée en terme de colonnes et de rangées et tout joueur sait que les colonnes et les rangées ne sont pas interchangeables. Cela provient de l'anisotropie de l'échiquier dont les propriétés sont différentes selon la direction empruntée. Le même phénomène physique est présent dans le graphite et les cristaux liquides, ou si l'on préfère un élément plus familier le bois.

Il y a deux raisons qui pourraient empêcher les modifications des règles et laisser maintenir en place le système numérique actuel : l'inertie et le manque de volonté. Même si un meilleur concept pouvait remplacer un système ancien, certains ne veulent pas être ennuyés par de telles modifications. Si le système fonctionne depuis de nombreuses années, pourquoi ne pourrait-il pas continuer à fonctionner ?

La seconde raison est même plus retorse. Comme certains proposent d'autres systèmes de notation que le système alphanumérique en remplacement du système actuel, ils ne veulent pas qu'un meilleur système que le leur ne remplace l'actuel de peur de voir diminuer les chances d'imposer le leur. On laisse ainsi en place le vieux système pourri, simplement pour que le sien soit plus attractif.

Quand on a commis une erreur, il semble très difficile de la corriger même si la solution est connue.

 

Wim van VUGT

 

Commentaires, par Éric Ruch

Je n'ajouterai que quelques commentaires, car je suis en très grande partie d'accord avec l'exposé de Wim.

(1) Il existe à mon avis un seul cas où l'indication des cases de départ et d'arrivée est insuffisante pour décrire de manière non univoque le coup joué : il s'agit de la promotion. Il est nécessaire d'indiquer le type de pièces en laquelle le pion est promu. Dans la notation numérique actuelle, cela se fait en ajoutant un cinquième chiffre aux quatre habituels : 1 pour la dame ; 2 pour la tour, 3 pour le fou et 4 pour le cavalier. Ainsi 57581 représente une promotion en dame et 57584 une promotion en cavalier. Il faudra définir la convention à utiliser dans le système alphanumérique.

(2) Mon expérience du jeu international me fait dire que la notation numérique est de moins en moins utilisée. Les règles du jeu entrée en vigueur au 1er janvier 2001, laissent le choix de la notation aux deux joueurs et dans mon cas personnel j'utilise de préférence la notation PGN, qui dans l'exemple cité par Wim s'écrirait :

1.g4,d5 2.Bg2,Bg4 3.c4,e6 4.Qb3,Nf6 5.Qb7,Nbd7

J'essaie à chaque fois d'imposer la notation PGN française : 1.g4,d5 2.Fg2,Fg4 ce que beaucoup de joueurs acceptent.

(3) En conclusion, le remplacement de la notation numérique par la notation alphanumérique, plus intuitive et moins génératrice d'erreur d'écriture, comme notation de référence dans les règles de l'ICCF me semble une bonne chose. Il faut néanmoins que les joueurs puissent choisir une autre notation, s'ils le souhaitent.


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